MAISONS DE FOND DE LOT ET MAISONS SHOEBOX
Qui n’a pas vu à Montréal ces maisons construites, non pas à l’avant près du trottoir alignées avec ses voisines, mais plutôt en retrait, à l’endroit où aurait dû se trouver la cour? Ces constructions détonnent toujours dans le paysage urbain. On les décrit habituellement comme des «maisons de fond de lot». Quand elles n'ont qu'un étage, elles font partie de ce type de maisons appelé shoebox qui, comme son nom l'indique, sont de petites dimensions.

Sans être objet d’une règle absolue, elles témoignent d’une antériorité de construction par rapport aux habitations des voisines d’aujourd’hui et peuvent nous aider à comprendre l’évolution du bâti sur une rue. En effet, arrivant parmi les premiers dans un secteur non construit, l’acquéreur initial du lot avait la possibilité d’ériger sa maison à l’avant ou à l’arrière, à sa convenance, puisque les règlements municipaux en matière d’alignement des constructions étaient soit inexistants soit peu appliqués. Le propriétaire du lot non seulement choisit l’emplacement mais généralement il construit lui-même sa maison, toujours modeste et peu coûteuse. Elle est le fruit d’un savoir-faire artisanal très répandu au sein de la classe ouvrière.

Certes, la maison de la rue Louis-Hébert ne constitue pas un cas particulièrement probant, car certaines de ces maisons sont positionnées encore davantage au fond du lot. Sans compter que son briquetage lui donne une belle allure. Mais le dépouillement des archives photographiques Notman nous a permis de retrouver une photographie très éloquente de cette maison, prise peu de temps après sa construction, et qui nous permettra d’ainsi mieux comprendre son origine (nous ne saurions mieux recommander ce site pour les internautes).

Arrivé un des premiers sur la rue, le propriétaire initial n’a donc pas de voisin immédiat, ni à sa gauche, ni à sa droite, ni en arrière. Et après avoir vérifié l’âge des maisons construites en face, on peut aussi ajouter qu’il n’a pas de voisin non plus dans cette direction. Dans ces conditions, pourquoi aurait-il opté pour se construire près du trottoir installé par la municipalité, comme s’il habitait une rue, alors que son secteur n’est qu’un terrain en friche? Par contre, en s’installant vers l’arrière du lot, il profite visuellement davantage de son environnement extérieur.

Bien souvent, la maison de fond de lot et shoebox est construite de bois recouverte de bardeaux d’asphalte ou de lambris de bois, diminuant ainsi les coûts de construction. Au fil du temps, on pourra décider d’ajouter de la brique.

Les lots voisins seront vendus ultérieurement et plus chers. Duplex et triplex vont ainsi apparaître afin de mieux rentabiliser l’achat. Leurs propriétaires feront construire, en maximisant l’espace à bâtir et en se positionnant conséquemment plus près du trottoir comme le veulent alors les règlements municipaux. Plusieurs d’entre eux habiteront le rez-de-chaussée pour louer le haut. Leur arrivée aura pour effet de singulariser la maison de fond de lot et la maison shoebox, qui demeurera un témoin d’une époque révolue.

À vous de trouver de ces maisons dans votre voisinage!