NAVIGUER DANS L’ANNUAIRE MONTRÉALAIS DES RUES :
L’EXEMPLE DES 3100 ET 3110 de la rue HOLT

Dans le Registre foncier du Québec, dont l’usage est décrit ailleurs sur notre site, nous avons retrouvé les enregistrements des ventes de deux quintuplex jumelés localisés au 3100-08 et au 3110-18 de la rue Holt, entre les 8e et 9e avenues à Rosemont1. Sachant que leur vente a été respectivement enregistrée le 30 mars 1928 et le 23 septembre 1929, il serait logique de débuter la recherche avec l' l’hypothèse que leur construction daterait probablement de 1927. C'est pourquoi nous nous servirons de l’«Annuaire montréalais des rues» de LOVELL de cette année-là pour repérer leurs premiers résidants et même de les suivre ensuite les années suivantes.

Dans l’annuaire de 1927, la rue HOLT se trouve logiquement dans le groupe des noms de rues commençant par les lettres FIF jusqu’à POP, lien sur lequel on cliquera pour voir apparaître la page 239 Faimount, début de la section que l’on pourra dérouler pour accéder à la page 271 Hogan-Holt dont on a reproduit ici un extrait (flèches et ellipse rouges) et sur lequel nous avons superposé seulement une section de la rue, pour fins de simplification (rectangle rouge). Pour aider au repérage des adresses recherchées, on notera que les rues transversales à la rue Holt sont également indiquées, telle la 8e avenue dans le cas qui nous occupe, à la hauteur du numéro civique 5732 (flèche bleue).

En reproduisant la même méthode de navigation, nous avons colligé et illustré ici les inscriptions de quatre années consécutives, en commençant par l’année de construction.

C’est effectivement dans l’annuaire de 1927-28 que les deux immeubles apparaissent pour la première fois ((flèches vertes).

Cela signifie que leur construction aurait été complétée quelque part à la fin de 1926 ou dans la première moitié de 1927. Comme le Registre foncier nous a aussi indiqué que les lots appartenaient à Henri Eugène Halde à cette époque, force nous est d’admettre que tous les résidants listés la première année sont locataires des nouveaux immeubles. Toujours selon le Registre, Halde vendra le 3100-08 à Albert Perreault en mars 1928 puis le 3110 à Arthur Guilbault, en septembre 1929 (rectangles verts). Le premier est en effet listé dans l’annuaire de l’année 1928-29 mais le second n’apparaîtra que dans celui de 1930-312 .

L’analyse du tableau, indique que 21 résidants différents ont habité les quintuplex durant cette période. Trois locataires du 3110-18 ont occupé l’immeuble depuis sa construction, Robert Graham, Alfred McKinnon et Alphonse Sylvain (lignes mauve). L’un des propriétaires a habité les lieux durant les trois dernières années (rectangle et lignes vertes). Cinq résidants ont occupé leur logement durant deux ans soit, William Harry (1927 et 1928), Albert Stratford (1927 et 1928), Arthur Axford (1928 et 1929), Walter Wass (1928 et 1929) et Martin Biggers (1929-1930). Les douze derniers, y compris le second propriétaire (rectangle vert), n’ont apparu qu’une seule fois aux annuaires.

Nous retiendrons enfin un autre détail intéressant : trois logements ne portent pas d’inscription une année donnée, soit parce que leur occupant n’a pas pu, ou voulu, donner de l’information au moment du dénombrement, soit parce que le logement était inoccupé

Par cet exemple, on voit bien que l’«Annuaire montréalais des rues» de Lovell est une source bien précieuse pour connaître les habitants d’un secteur et de les suivre à différentes époques.

L’Annuaire montréalais des rues au fil des ans

En ce qui a trait au repérage des rues dans l’annuaire, retenons que les «boulevards» et les «côtes» se retrouvent habituellement sous les lettres B et C, alors que les «montées», «rues» et «allées» sont listées alphabétiquement suivant leur nom (patronyme).

D’autre part, les «avenues» se retrouvent par ordre numérique ordinal écrit en anglais et disposés alphabétiquement (ex : First, Second, Third, Fourth…) jusqu’en 1958. En 1959 elles apparaissent de façon transitoire à la toute fin de l’alphabet des rues (par exemple, après la rue Zotique). Finalement, à partir de 1960, elles apparaîtront en ordre numérique ordinal, toujours inscrit en anglais, sous la lettre A, dans les premières pages de la section (par exemple, 1st, 2nd, 3rd. 4th…). Les numéros impairs sont sur les côtés est et nord des rues, les numéros pairs sur les côtés ouest et sud.

La numérotation part du fleuve Saint-Laurent du sud vers le nord de l’île. En ce qui a trait à l’est et l’ouest, la numérotation débute au Boulevard Saint-Laurent et se dirige dans les deux directions.

Quant aux rues portant le nom d’un Saint, elles viennent après la dernière rue dont la 3e lettre du nom est la plus près de SAI. Elles apparaissent sous l’abréviation anglaise ST (par exemple, dans l’annuaire de 1932, St-Agathe (sic) vient après la rue Sagard alors que St-Zotique vient avant la rue Salomon).

Mentionnons encore que c’est dans l’annuaire de 1935-36 que fut clairement identifié pour la première fois le propriétaire d’une maison (au moyen d’une astérisque) tel qu’illustré sur cet exemple de la rue Holt, à l’intersection de la 8e Avenue, datant toutefois de 1960 (rectangle rouge). On notera que les propriétaires des 3100-08 et 3110-18 --contrairement à St-Germain, Lalonde et Polny -- n’ont pas demandé à être ainsi identifiés (flèche rouge). Par ailleurs, c’est justement en 1960 que le numéro de téléphone fait son entrée dans l’annuaire(ellipse bleue).

Comme on le voit, les annuaires n’ont eu de cesse d’ajouter des informations. D'ailleurs voici toutes les informations devenues disponibles à compter de 1970-1971.


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  1  Lots 1978-1979-1980 : Hochelaga-Jacques-Cartier ; numéro d’enregistrement 238896; 3100-08 rue Holt : Numéro d’enregistrement 173904, daté du 30 mars 1928; 3110-18 rue Holt : Numéro d’enregistrement 224229, daté du 23 septembre 1929.

2  Ce fait nous porte à croire que les annuaires auraient été constitués au début de l’été, probablement après la période des déménagements qui se faisaient le 1e mai à cette époque. En effet, l’inscription de Perreault aurait été faite à temps pour la publication de 1928-29, alors que celle de Guilbault, arrivé trop tard dans l’année 1929, n’aurait été faite qu’en été 1930, pour la parution 1930-31.