NAVIGUER DANS
L’ANNUAIRE ALPHABÉTIQUE MONTRÉALAIS :
L’EXEMPLE DU 3110-3118 de la rue HOLT

Reprenant la liste des 21 résidants des quintuplex jumelés localisés au 3100-08 et au 3110-18 de la rue Holt, à Rosemont, que nous avons trouvés dans l’«Annuaire montréalais des rues», nous nous servirons cette fois de l’«Annuaire alphabétique montréalais» des années 1927-28 à 1930-31. On y trouvera des informations sur les occupations respectives de ces résidants afin d’en dégager quelques hypothèses.

Le premier résidant des immeubles à apparaître à l’annuaire est Robert Graham, chef de famille, domicilié au 3112 de la rue Holt, qui, dans l’annuaire de 1927-28, figure dans le groupe des noms de famille (patronymes) commençant par les lettres COO jusqu’à GRI, lien sur lequel on cliquera pour voir apparaître la page 783 Consulate, début de la section que l’on pourra dérouler pour accéder à la page 969 Graham dont on a reproduit ici un extrait (flèche rouge). Il suffira de repérer l’individu dans la liste alphabétique pour constater qu’il occupe un poste de commis, information révélée par l’abréviation «clk» qui signifie «clerk» (rectangle bleu).

En suivant la même méthode pour tous les autres occupants et pour chacune des années durant lesquelles ils ont occupés leur logement, on obtiendra le tableau suivant 1 :

Après analyse, nous constatons que seulement 5 résidants sont francophones (24%). Cette situation pourrait s’expliquer notamment par la présence des Ateliers Angus du Canadien Pacifique, situées au sud du Vieux-Rosemont, qui ont joué un rôle majeur dans le peuplement du secteur. Ce lieu de travail aurait attiré nombre de travailleurs anglophones peut-être plus spécialisés que les francophones dans les métiers ferroviaires (à moins qu’il s’agisse d’une politique discriminatoire d’embauche).

Pourtant, Alphonse Sylvain, francophone, est clairement identifié comme employé du Canadien Pacifique dans les inscriptions figurants ici. Mais comme il n’a pas mentionné son occupation, nous pourrions peut-être avancer l’hypothèse qu’il était un journalier. En contrepartie, nous croyons plus plausible qu’Alfred McKinnon et Harry Hampson, qui sont ingénieurs, auraient œuvré dans l’entreprise. Qui plus est, les machinistes William Harry, Rodolphe Poirier et Martin Biggers, auraient aussi été susceptibles d’y travailler. Enfin, nous pourrions ajouter les noms d’Arthur Axford et de Jean Noël, tous deux électriciens. En conséquence, si nos hypothèses se révélaient exactes, 8 des 21 résidants des deux immeubles auraient été employés du Canadien Pacifique et auraient eu seulement un kilomètre à parcourir pour se rendre au travail.

En ce qui a trait aux propriétaires des quintuplex, Albert Perreault ne se définit que comme travailleur, sans indiquer le genre de métier qu’il occupe. Mais considérant qu’il est propriétaire d’un immeuble récemment construit, on pourrait conclure qu’il était un travailleur spécialisé. D’ailleurs, Arthur Guilbault, son voisin immédiat, s’identifiant comme plombier, fait justement partie des travailleurs de métiers dont les salaires étaient plus élevés que les journaliers2 .

Robert Graham qui est l’un des trois locataires ayant demeuré dans l’immeuble du 3110-18 durant la période étudiée, tout comme William Keyton, se définissent simplement comme commis. Étaient-ils commis de bureau au CPR, commis comptable ou commis épicier ? Nous n’en saurons malheureusement rien, à moins de trouver d’autres détails de leur occupation dans les annuaires des années antérieures ou postérieures...

En conclusion et par cet exemple, on voit bien que l’«Annuaire montréalais des rues» de Lovell est une source bien précieuse pour connaître les habitants d’un secteur et de les suivre au fil des ans!

Quelques précisions encore

Les résidants sont classés bien évidemment en ordre alphabétique mais l’affichage ne reprend pas le patronyme inutilement. En effet, un seul nom de famille apparaît, pour chacune de ses épellations, au-dessous duquel sont listés les prénoms des individus considérés comme chefs de famille (il arrive que le prénom de leur épouse apparaisse ensuite, entre parenthèses). De plus, les résidantes considérées chefs de famille, qu’elles soient dames ou demoiselles, apparaissent soit à la fin de leur patronyme, soit en suivant simplement l’alphabet, mais toujours en mentionnant d’abord leur titre de civilité anglais (i.e. Miss, Mrs).

Dans un autre ordre d’idées, les abréviations des prénoms et des occupations des résidants, de même que celles des rues et places d’affaires, sont normalement listées dans les premières pages des annuaires alphabétiques. En guise d’aide-mémoire, vous pouvez télécharger les pages correspondantes tirées de l’annuaire de 1976 en cliquant sur ce lien.

Enfin, pour mesurer l’intérêt des informations susceptibles de se retrouver dans les «Annuaires alphabétiques montréalais», voici comment se présentait l’index de l’année 1973-1974 utilisé lors des dernières années de publication de la Série principale.


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  1  On notera que le tableau indique en couleur les locataires qui sont demeurés plus d’une année au cours de la période étudiée, de même que les deux propriétaires..

2  Nous n’avons pas inclus ce résidant dans nos hypothèses sur les travailleurs des Ateliers Angus car nous avons la certitude qu’il était employé civique de la Ville de Montréal, information qui ne relève pas des annuaires, on l’aura compris.