UNE INTRODUCTION À UN AUTRE OUTIL :

LES RECENSEMENTS CANADIENS


Quand on s’intéresse à la ville, le recensement effectué tous les 10 ans par le gouvernement fédéral auprès des ménages canadiens constitue l’un des plus riches outils de recherche, mais également le plus difficile à exploiter. Il représente pourtant la meilleure manière de connaître les familles qui ont habité la ville. En prenant pour acquis que les annuaires municipaux sont maintenant connus, tout comme les pistes pour convertir les anciennes adresses civiques, il est possible d'aborder ce dernier outil et d'en décrire les principales composantes, bien que le sujet reste vaste et doive être traité comme une simple entrée en matière.

Trois recensements à connaître : ceux de 1901, 1911 et 1921

Afin de préserver la confidentialité des informations dévoilées lors de ce décompte de la population, le plus récent recensement pancanadien accessible au grand public est celui de 1921. On espère que d’ici quelques années celui de 1931 sera également mis en ligne sur Internet.

Par ailleurs, si on considère leur utilisation dans la perspective de notre site, soit l'histoire et la géographie urbaines, les recensements pouvant être les plus utiles sont ceux qui fournissent les adresses exactes de chaque ménage visité. C’est pourquoi la présentation se limite à ceux de 1911 et de 1921, mais également à celui de 1901, même si ce dernier n'indique pas toujours, pour les localités rurales, le lieu exact d'habitation.

Trouver le bon recensement

Les recensements sont, comme il se doit, répartis par province, chaque province étant divisée par districts (qui reprennent à peu près les frontières des comtés électoraux) et chaque district se compose de sous-districts représentés selon le cas par des villages ou des quartiers. Cette répartition de l’information contenue dans centaines de milliers de pages change d’un recensement à l’autre. Ainsi, dans celui de 1901, le village de Villeray se trouve dans le comté de Laval, soit le district 163, et plus précisément dans le sous-district Q. Dix ans plus tard, ce qui était le village de Villeray (annexé à Montréal en 1905) fait toujours partie du comté de Laval mais est devenu le district 168 qu’on a distribué cette fois en deux sous- districts, les 33 et 34. Lors du recensement de 1921, le même territoire est maintenant traité dans un des comtés de Montréal, soit Montréal/Saint-Denis (le district 198) et sa population a été énumérée dans 3 sous-districts, 49, 50 et 51. Ce sont ces districts et de sous-districts qui représentent les clefs permettant d’accéder aisément aux données des recensements. Nous y reviendrons.

Accéder aux recensements numérisés

Même s'il existe une manière plus simple d’accéder aux recensements en recourant à un abonnement payant à la plateforme ancestry.ca, nous présentons ici seulement le moyen de les obtenir gratuitement sur le site de Bibliothèque et Archives Canada. En cliquant sur le menu de gauche, on trouve des informations générales sur chacun d’eux.

Utilisé à titre d’illustration, celui de 1901 se présente ainsi. Cette page affiche deux informations capitales : au centre vers le bas (la flèche noire), une icône pour lancer la recherche dans la base de données, et à droite, la liste des districts et des sous-districts en vigueur (la flèche rouge). En cliquant sur ce lien, on accède d’abord à la page des provinces, puis sur celle du Québec où les districts se présentent en ordre alphabétique en affichant la liste de leurs sous-districts respectifs qu’on pourra ainsi facilement repérer

Pour les grandes villes canadiennes et leurs agglomérations, des index des rues ont été élaborés afin de faciliter la recherche. Mais seuls ceux de Montréal et de Québec ont été produits pour les recensements de 1911 et de 1921. On accède à ces derniers par la page d’accueil des deux recensements, comme par exemple celui de 1911. En hyperlien on trouvera les index de la ville de Montréal de 1911 et de 1921 qu'on pourra télécharger.

En ce qui concerne les deux index montréalais, voyons, à titre d’exemple, celui de 1911. Pour l’occasion, nous avons choisi au hasard la rue Saint-Hubert, listée à la page 28 du document. Comme on peut le constater, cette rue traverse plus d’un district : le 162 (Jacques-Cartier), 168 (Laval), le 172 (Maisonneuve), le 181 (Montréal-Saint-Jacques) et le 183 (Montréal-Sainte-Marie). Il faudra donc d’abord choisir le district désiré puis, vérifier plusieurs sous-districts afin d’identifier le pâté de maisons désiré.

Malheureusement, en 1901, on n’a pas produit d’index pour identifier les districts et les sous-districts de Montréal de sorte qu’il faut adopter une approche différente et recourir à des cartes qui les délimitent. En ce début de XXe siècle, on compte 9 districts sur l’île de Montréal. Chacun est cartographié et inséré en hyperlien sur cette page. Outre la ville de Montréal qui en compte 5 ( Sainte-Anne, 174; Saint-Antoine, 175; Saint-Jacques, 176; Saint-Laurent, 177; et Sainte-Marie, 178), il y en a 4 autres qui couvrent l'est de Montréal et l'île Jésus au complet, soit (Hochelaga, 155; Maisonneuve, 167; Jacques-Cartier, 157 et Laval ,163).

Accéder à la base de données du recensement

Il est facile d’accéder aux pages des recensements dès qu’on connaît le numéro d’un district et celui d’un sous-district (rappelons qu’en 1901 les sous-districts sont identifiés par une lettre et non un chiffre). Pour ce faire, on cliquera sur le rectangle bleu Recherche : Base de données

Peu importe l’année de recensement choisie, s'ouvre alors une nouvelle page permettant de cliquer sur l’encadré apparaissant au-dessus de l’icône de Recherche afin de pouvoir «afficher les options de recherche avancée».

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Seulement trois des options proposées doivent être complétées afin d'accéder à une page du recensement, soit un numéro de district (ex : 163, pour Laval), un numéro de sous-district (ex : Q pour Villeray) et un numéro de page; pour ce dernier entrez simplement «1» (et ainsi de suite pour les pages suivantes) puis, cliquez sur l'icône Recherche.

On obtient alors les premières pages de résultats composés de groupes d'individus, chacun étant jumelé, comme on le voit ici, à une reproduction en miniature d’une page du recensement demandée. En cliquant sur le format désiré, JPG ou PDF, on obtient finalement le précieux document qu’on consulte tout de suite ou qu’on sauvegarde, selon le cas.

Une page du recensement

Un sous-district compte généralement entre une dizaine et une cinquantaine de pages. Chaque page renferme les informations personnelles manuscrites concernant 50 individus, à raison d’une personne par ligne, tous les membres d’une même famille étant inscrits les uns à la suite des autres.

Sur les feuillets du recensement de 1901, les adresses des ménages sont indiquées dans un tableau distinct précédant (ou parfois suivant) le tableau principal. Pour chaque chef de ménage, l'énumérateur inscrit son adresse sur une ligne, comme dans le cas ici du premier inscrit, soit le «1 Saint-Hubert» (la flèche rouge) et à quel endroit dans les pages du tableau principal il a été enregistré, en précisant la page et le numéro de la ligne, dans ce cas-ci, «1 1», pour page 1 ligne 1 (la flèche verte); et à la ligne suivante, un autre chef de ménage, lui aussi habitant le 1 St-Hubert se trouve à la page 1, ligne 3. Dans le cas de ceux de 1911 et de 1921, l’adresse du ménage (la flèche rouge) apparaît plutôt à droite du nom de son chef (la flèche bleue),   comme on peut le voir sur une page du tableau principal de ces deux années.

Les principales informations des recensements du tableau principal

Les personnes recensées sont regroupées par famille et celles-ci sont inscrites selon l’ordre de la visite effectuée par l’énumérateur passé de porte en porte.Les membres d’une même famille sont présentés selon leur âge respectif à la suite du chef de famille et de son épouse.

Illustrons avec deux familles qui comptent plus d’enfants que la moyenne. Certains énumérateurs, comme celui de droite, inscrivent d’abord les garçons suivis des filles alors que d’autres, –et c’est le cas de la grande majorité d’entre eux– les inscrivent strictement en ordre décroissant. Les prénoms attribués aux enfants peuvent aussi être source d’intérêt. Les fils aînés qui reçoivent le même prénom que leur père est une pratique répandue comme c’est le cas de Wilfrid Gagnon et de son fils aîné de 22 ans.

On trouvera également des pensionnaires apparentés ou non à la famille, de même que des domestiques. Le ménage de Pierre Gougeon servira d'exemple. Ce dernier est veuf (comme l’indique la lettre V encadré en rouge) mais il vit avec 4 enfants, une domestique, Exilda Major, (DOM, encadré vert) qui est une veuve de 31 ans, et une pensionnaire de 21 ans (LOGEUR, encadré jaune). Cette dernière est célibataire (C, encadré bleu).

Juste le fait d’avoir accès à tous les membres de la famille qui auraient habité tel ou tel logement représente aussi un avantage considérable par rapport à d’autres sources qui n’indiquent seulement que le chef du ménage et son occupation, comme c’est le cas, par exemple, des annuaires municipaux que nous verrons plus bas. En effet, comme l’a notamment démontré l’historienne Bettina Bradbury, l’histoire des femmes et celle du travail des enfants passent aussi, bien souvent, par les recensements.

On le pressent déjà avec ces quelques exemples : la lecture de documents manuscrits pose parfois un défi afin de défricher l’écriture des énumérateurs qui, par ailleurs, ne maîtrisent pas toujours parfaitement le français. Des noms de famille aussi communs que Bélanger deviennent parfois des Bélengé, des Lévesque peuvent s’épeler Lévaique, etc.

Il existe cependant quelques trucs afin d’aider l’historien ou le généalogiste en herbe à lire correctement les noms. On peut compter, par exemple, sur l’annuaire municipal de Montréal de l’année correspondante à celle du recensement, en occurrence ici celui de 1911-1912, pour retrouver les noms de chefs de famille et valider du même coup le numéro civique des adresses indiquées.

Dans cet extrait de l’annuaire de la 5e avenue à Rosemont, on voit clairement que la première famille du 394 figurant au recensement est celle d’Isaïe Villeneuve et qu’ au 392, réside Lodevic Bourdeau. La famille de notre dernier extrait, au 426, doit se lire comme étant celle d’Arsène Beaudry… Au fil du temps, on apprend donc progressivement à défricher certaines écritures, à reconnaître certaines lettres majuscules, en se fiant sur les prénoms qu’on parvient à identifier.

On aurait tort de se fier aux noms proposés par Bibliothèque et Archives Canada car le système de reconnaissance d'écriture manuscrite automatisé ne donne pas de bons résultats pour les cas le moindrement mal écrits. Si le Sévigny se présente comme étant Sevengny, notre Arsène Beaudry est transcrit comme étant Arannie Renndas! Les annuaires donnent de bien meilleurs résultats.

Salaire et occupation: quelques mots pour finir

Certains s'intéresseront aussi aux revenus des familles. Si les salaires gagnés ne posent pas de problème de lecture en tant que tel, il en va tout autrement de leur valeur. Que vaut un gain annuel de 650$ en 1911? En effet, l’inflation depuis cette date a dilué considérablement le pouvoir d’achat. Le plus simple est de le situer par rapport aux salaires moyens de l’époque. Ainsi et très grossièrement, le salaire moyen annuel en 1901 est autour de 400$. Dix ans plus tard, il a grimpé à 550$ et en 1921, à environ 750$. Pour donner un ordre de grandeur, mentionnons seulement que le salaire annuel moyen en 2020 s'établit à 39 000$.

Quant aux fort nombreuses occupations déclarées, la plus commune demeure sans conteste, au cours des premières décennies du XXe siècle, celle de journalier. Lors du recensement de 1901, on avait demandé l'occupation exercée sans précision quant au lieu de travail. Les autorités fédérales ont par la suite compris que la question était mal formulée puisque des situations de travail fort différentes pouvaient entraîner la même réponse. Un journalier qui cumulait de multiples petits boulots au cours de l’année devait être distingué de celui travaillant, par exemple, comme apprenti dans les chantiers de construction. Cela a été corrigé au recensement suivant. Celui qui se disait cordonnier en 1901, pour donner un dernier exemple, pouvait maintenant préciser s’il travaillait dans une boutique ou s’il était un employé d’une manufacture de chaussure, les deux occupations étant fort différentes. Tenez-en bien compte dans votre examen des occupations.

On vous souhaite de belles découvertes dans les recensements!