L'APPARITION DE LA CAVE
DANS LES MAISONS MONTRÉALAISES

On a vu que la cave apparaissait dans les maisons ouvrières et de classe moyenne montréalaise, au tournant de la Première Guerre mondiale. On pourrait croire que le secteur immobilier avait alors rattrapé une partie de son retard technologique sur le secteur industriel, en mécanisant des étapes de la construction domiciliaire, notamment le creusage des fondations des maisons. Après tout, les pelles mécaniques existaient déjà et leur utilisation avait simplifié et favorisé cette arrivée des sous-sols de pleine hauteur dans les maisons qu’on observe partout. Un facteur technologique pouvait être mis de l’avant pour expliquer cette transformation.

Cherchant des photographies de l’époque qui auraient pu attester de cette mécanisation, nous avons consulté les archives photographiques Notman, déjà présentées. Après une recherche qui nous permet d’apprécier l’ampleur de la richesse iconographique du site, on trouve une photographie noir et blanc, sur laquelle on voit deux de ces pelles à l’œuvre à Montréal et ce, lors de construction d’un nouvel édifice Eaton en 1925.

Si l’ampleur de ce chantier ne fait pas de doute et permet le déploiement de cette machinerie, on peut se demander ce qu’il en est quand un entrepreneur doit ériger une maison sur un lot ne faisant que 25 pieds de largeur. Est-ce vraiment ainsi qu’ont été érigés ces milliers de duplex et triplex de Montréal à partir du tournant des années 1920?

L’absence de grande sériation dans la construction de ces maisons à Montréal, ─rarement pouvons-nous voir plus que 3 bâtiments mitoyens et identiques se suivre─ laisse plutôt penser que toutes ces maisons ont été construites par de petits entrepreneurs qui peuvent difficilement immobiliser leurs maigres capitaux dans un achat de pelleteuse mécanique. Seul un gros entrepreneur décrochant un gros chantier comme la construction de ce magasin Eaton rue Sainte-Catherine pouvait se permettre un tel achat.

C’est la raison pour laquelle une autre recherche iconographique s’avérait nécessaire afin de trouver d’autres témoignages visuels de cette étape de la construction domiciliaire. Les photographies suivantes, provenant elle aussi des archives Notman, montrent d’abord l’immeuble Bovril situé au coin de Van Horne et avenue du Parc dont la construction s’est terminée en 1921.

Comme on peut le voir plus bas lors des débuts de sa construction, le contraste technologique avec la construction du magasin Eaton reste saisissant.

On ne compte pas moins de quatre attelages de chevaux pour effectuer le creusage de la fondation de cet édifice de six étages. Esentiellement, le creusage semble se faire à la main et la terre extraite est transportée en charrette. La main-d’œuvre engagée pour cette tâche éreintante est composée de simples manœuvres, ouvriers non spécialisés, qui abondent à Montréal.

Le procédé semble assez commun puisque lors de travaux effectués à la Stell Company of Canada en 1919, on observe exactement le même phénomène. Il semble bien, dès lors que l'élévation des maisons montréalaises à partir de la Première Guerre mondiale a été réalisée au prix d'efforts physiques et non mécaniques!