LES MAISONS SHOEBOX
SELON LES PLANS D'ASSURANCE INCENDIE

Au cours des dernières années, les maisons shoebox ont beaucoup attiré les amateurs d'histoire locale et de patrimoine. À l'instar des maisons érigées non pas près du trottoir mais au fond du lot, que nous traitons dans un autre texte de cette section, elles se font de plus en plus rares aujourd'hui, car nombre d'entre elles ont été remplacées par des constructions plus récentes, duplex ou triplex.
D’entrée de jeu, distinguons ces deux formes apparentées: si presque toutes les maisons de fond de lot doivent être considérées comme des maisons shoebox (les duplex construits à l’arrière du lot restent des exceptions), l’inverse n’est pas vrai car on rencontre fréquemment des shoebox alignées comme ses voisins en avant des lots. S'il n'existe pas de définition très claire de ces types de maison, on peut néanmoins avancer que la maison shoebox n’a qu’un étage et occupe moins de la moitié du lot, révélant ainsi une taille relativement modeste.

Les plans d’assurance incendie constituent une source fort commode pour mesurer leur popularité au début du XXe siècle puisqu’ils indiquent le nombre d’étages et la place de la maison sur le lot. Le quartier Villeray, à Montréal, en a accueilli un grand nombre dans certaines rues qui composaient à l’époque la Pointe de Letang et dont on montre ici un secteur situé entre la rue Park & Island (aujourd'hui Lajeunesse) et Letang (aujourd'hui Saint-Gérard) tel qu'il apparaissait d'abord en juin 1911.

Une lecture de l'article que nous avons consacré à ces plans permettra aux internautes de tirer grandement profit de toutes les informations contenues dans cet extrait de la planche 426 du volume VI. Retenons tout d’abord que la couleur jaune désigne des constructions en bois et que le chiffre 1 ou 2 figurant sur chaque maison précise le nombre d'étages.

On compte ainsi plus d'une vingtaine de shoebox dans cet extrait. Rares sont les maisons qui ont été briquetées puisqu’une seule maison à un étage présente des bordures rouges-orangées signalant la présence de briques. Si elles sont presque toutes construites en bois, elles affichent systématiquement un toit plat recouvert de pierraille et de goudron (le symbole P) et les murs de côté sont recouverts de tôle qu'indique la mention IR. CL. (iron clad).

Un autre relevé du même secteur effectué en 1924 permet de mieux saisir l'évolution et le sort réservé à ces maisons.

En effet, sur la rue Dufour, quelques maisons se sont ajoutées: 2 triplex sur le côté sud mais aussi sur le côté nord, au 927 (aujourd’hui le 569), ce qu'il faut considérer comme étant la plus petite shoebox du quartier. Maison qui est restée inchangée et qui demeure habitée de nos jours.

Près d'une dizaine d'entre elles ont délaissé la tôle en façade et sont maintenant briquetées comme en témoigne leur bordure rouge orangée. Quelques-unes ont ajouté un étage et ne peuvent plus dès lors être considérées comme des shoebox.

Sans trop entrer dans les détails, la forte concentration de shoebox dans ce secteur provient du fait que le propriétaire foncier, ayant mis ces lots à bâtir en vente dans la Pointe de Letang, autorisait tout type de construction. Mais, à la même époque, un autre promoteur immobilier opérant dans le secteur voisin de l'avenue Chateaubriand, quant à lui, exigeait de ses acheteurs qu’ils construisent plutôt des maisons à 2 étages et qui devaient être en outre lambrissées de briques ou de pierre. Autrement dit, l'acheteur d'un lot qui souhaitait ériger lui-même sa maison avait intérêt à s’établir dans la Pointe de Letang.

Terminons en mentionnant que la maison shoebox n’est pas figée dans le temps, elle évolue. Modeste au départ, la maison pourra être agrandie et transformée. Sur la rue Letang, la maison 1 de 1924 n'avait qu'un étage en 1911; elle a en 2 en 1924. Qui plus est, en 1911, elle n'était pas briquetée, tout comme les maisons 3 et 4, qui ne le sont toujours pas en 1924. Remarquons enfin que, cette année-là, la maison (2) n'avait pas encore été construite.