SE SERVIR DES ATLAS
ET DES PLANS D'ASSURANCE-INCENDIE
POUR TROUVER LES ANCIENNES ADRESSES DES MAISONS

Avant les années 1930, les adresses des maisons montréalaises affichent des numéros civiques aujourd'hui disparus et qui peuvent avoir changé à quelques reprises. Sans les connaître, il est très difficile de recourir aux annuaires pour trouver les dates de construction de ces vieilles maisons.

En fait, c'est à compter de 1924-1925 que la ville adopte une nouvelle numérotation des bâtiments qui sera introduite quartier par quartier jusqu'en 1931 et qui est toujours en vigueur. Sur la rue Saint-Denis, par exemple, on observe ce changement pour l'annuaire de 1925-1926 tandis que sur la rue Christophe-Colomb il apparaît dans l'annuaire suivant.

Certes, on peut toujours trouver quelques bâtiments qui ont conservé dans leurs vitraux ces anciennes adresses, comme les deux exemples qui suivent. Mais ces exemples sont rares et mieux vaut recourir à une méthode plus systématique. Une première est de comparer dans les annuaires les noms et les adresses d'une rue juste avant et juste après l'implantation des nouveaux numéros. Une autre consiste à recourir aux atlas historiques et aux plans d'assurance-incendie. C'est ce que nous montrerons ici.


Pour illustrer la démarche, nous avons choisi la rue Christophe-Colomb entre les rues Beaubien et Saint-Zotique, secteur qui est traité par la planche 9 de l’Atlas de 1907 et par la planche 328 du volume III de l'Atlas historique de Montréal publié en 1914.


C'est dans l'annuaire de 1897-1898 que les premières maisons apparaissent sur la rue, appelée Amherst à l’époque. Ces maisons, que nous avons identifiées sur les extraits des planches de 1907 et de 1914 avec leur première date d’apparition, sont de grandes maisons unifamiliales dotées d'un toit à pignon. Si leur revêtement extérieur a été depuis refait, le volume et le toit de ces maisons demeurent très caractéristiques.

Au tournant du XXe siècle, quelques autres maisons présentes sur la planche de 1907 vont également s'ajouter. Ces grandes maisons vont rapidement être entourées de maisons à toit plat.

Selon les annuaires, la situation demeure inchangée jusqu’en 1910 alors qu’apparaissent en quelques années plusieurs triplex et quadruplex. Par exemple, ceux des adresses 1976 à 1982 A.B.C. sont à deux étages et sont revêtues de briques laquées qui resteront fort populaires jusqu'à la Première Guerre mondiale.



Avec l’atlas de 1914, d’autres changements sont apparus. À commencer par une nouvelle numérotation civique qui rend d'autant plus nécessaire le recours aux atlas historiques. On aura remarqué par ailleurs un ajustement dans la localisation de toutes les maisons sur les lots. À titre d’illustration, la maison du 12 rue Amherst en 1907 (qui est devenue le 1921 rue Christophe-Colomb en 1914), se trouvait selon l’Atlas de 1907 sur le lot 5-347 alors qu’en vertu de l’Atlas de 1914, elle occupe maintenant le lot 5-346. Retenons donc que la source n’est pas sans faute et qu’elle sert avant tout de point de repère.

Passons maintenant aux plans d'assurance. Puisque le secteur examiné est couvert par le volume V, on peut compter sur deux documents conservés et numérisés, soit celui publié en 1921, une nouvelle édition mise à jour, et celui de 1939 qui reprend l'édition de 1926 révisée jusqu'en octobre 1939. Si le premier document n'affiche que l'ancienne numérotation des adresses civiques, le deuxième comporte un certain nombre de doubles adresses qui pourront être utiles. On pourrait découvrir, par exemple, avec une meilleure résolution que l'ancien 2879 est devenu le 6665 ou encore que le 2858 est maintenant le 6646.

En terminant, ce qui frappe sur ces plans d'assurance, ce sont les délimitations des terrains non pas selon les lots cadastraux (comme c'est le cas dans les atlas) mais selon les lignes de propriété. Ainsi on peut voir clairement les délimitations du terrain attenant à chaque maison, autrement dit savoir à qui appartiennent les lots vacants de la rue.

Prenons deux exemples qui se font face sur Christophe-Colomb (voir les flèches bleues de l'image plus haut): celui du 6652, anciennement 2868, et le 6649 (2057). Le premier propriétaire est également détenteur du lot limitrophe situé juste au nord. Selon le plan de 1939, il a même fait construire un garage pour son automobile au fond de ce lot qui finira par être vendu et occupé par une autre maison. En somme, un bel exemple de rétention foncière!

Son voisin en face possède l'équivalent de trois lots et a érigé sa maison pas tout à fait au centre de sa grande propriété. En 1939, la maison est cependant disparue. Selon les annuaires, cette grande propriété est remplacée en 1942-1943 par trois immeubles à logements contigus, soit les 6649, 6653 et 6657 présentés à la figure suivante.